Au cœur de Paris, l’ancienne maison close « Aux Belles Poules » constitue un témoignage rare de l’histoire sociale, architecturale et culturelle de la capitale. Ouvert dès 1870, l’établissement a connu son apogée durant les années 1920, avant de fermer en 1948, deux ans après la loi portée par Marthe Richard qui mit fin aux maisons de tolérance. Aujourd’hui, le lieu accueille des conférences et des spectacles permettant de comprendre son passé à travers un décor exceptionnellement préservé.
Un décor parisien presque intact
La principale singularité d’Aux Belles Poules réside dans l’état de conservation de ses espaces. Alors que d’autres adresses célèbres, comme Le Sphinx, Le Chabanais ou le One Two Two, ont presque entièrement disparu, cet ancien établissement a conservé une grande partie de son apparence intérieure. Le site est d’ailleurs inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, ce qui souligne sa valeur patrimoniale.
La visite permet d’observer des mosaïques, des céramiques et des fresques érotiques qui composent un ensemble décoratif très caractéristique de l’époque. Ces éléments ne sont pas de simples ornements : ils révèlent une esthétique bourgeoise qui cherchait à mettre en scène le plaisir, le luxe et la transgression. Leur abondance contraste cependant avec la réalité vécue par les femmes qui travaillaient dans ces maisons, souvent dissimulée derrière une imagerie séduisante.
- Des mosaïques et des céramiques remarquablement conservées ;
- Des fresques érotiques propres à l’identité historique du lieu ;
- Une architecture qui témoigne des usages des maisons closes parisiennes ;
- Un cadre permettant de relier patrimoine artistique et histoire sociale.
Quelle histoire se cache derrière l’établissement ?
À son apogée, Aux Belles Poules abritait jusqu’à trente et une travailleuses réparties dans une vingtaine de chambres. Cette organisation donne une idée de l’importance de l’établissement dans le Paris de l’époque. Les maisons closes étaient alors intégrées à un système réglementé, avec des lieux identifiés, une clientèle variée et des codes sociaux spécifiques. Pourtant, cette organisation officielle ne supprimait ni la précarité ni la vulnérabilité des femmes recrutées.
La fermeture de 1948 marque un tournant décisif. Après l’adoption de la loi Marthe Richard en 1946, les maisons de tolérance cessent progressivement leur activité légale en France. Aux Belles Poules change alors de fonction et connaît plusieurs vies. Pendant des décennies, son décor reste ignoré du grand public, jusqu’à ce qu’une nouvelle propriétaire redécouvre la richesse du site.
En 2011, Caroline Senot rachète le local afin d’y installer ses bureaux. C’est à cette occasion qu’elle prend conscience de la valeur architecturale et historique des lieux. La redécouverte de ces décors conduit ensuite à l’ouverture du site pour des conférences consacrées à l’histoire de l’établissement, des maisons closes et de la prostitution à Paris.
Une visite qui associe patrimoine et mémoire
La découverte d’aux belles poules ne se limite donc pas à l’observation de fresques originales. Elle s’appuie sur une conférence qui replace le bâtiment dans son contexte. Les explications reviennent sur le fonctionnement des maisons closes, leur place dans la société parisienne et les transformations provoquées par la loi de 1946. Cette approche évite de réduire le lieu à son aspect pittoresque ou à ses images érotiques.
Le discours présenté rappelle notamment l’ambivalence du décor. D’un côté, les mosaïques et les scènes peintes témoignent d’un savoir-faire artistique et d’une volonté de créer un univers luxueux. De l’autre, elles ont contribué à mettre en scène les femmes comme des figures de désir, en masquant les rapports de pouvoir et les conditions concrètes de leur activité. Cette lecture historique rend la visite plus nuancée et plus intéressante qu’une simple curiosité touristique.
Les conférences publiques sont organisées certains jours du mois, en fonction de la programmation. Il existe également une formule spectacle, avec une intervention chantée et théâtralisée des sœurs Papilles. Cette version ajoute une dimension artistique à la présentation de l’histoire du lieu, tout en conservant le lien avec le décor et les récits qui lui sont associés.
Quelles formules sont proposées aux visiteurs ?
Aux Belles Poules s’adresse aussi bien aux visiteurs individuels qu’aux groupes. Les associations, comités sociaux et économiques, entreprises ou groupes d’amis peuvent réserver une conférence privée à partir de vingt personnes. Plusieurs formats sont prévus afin d’adapter la découverte à la durée souhaitée et au type de rendez-vous organisé.
- La conférence simple dure environ une heure et présente l’histoire du bâtiment ainsi que celle des maisons closes parisiennes.
- La conférence accompagnée d’une coupe de champagne se déroule sur environ une heure et demie.
- La formule déjeuner dure trois heures et comprend une entrée, un plat, un dessert, un café et un quart de vin.
- Le goûter associe une pâtisserie de Gabriel Pastry Art à une coupe de champagne, pour une durée d’environ une heure et demie.
- Le thé dansant ajoute une heure de danse au goûter, avec une sélection musicale choisie pour le groupe.
- Le cocktail apéritif prévoit deux heures d’échanges autour d’une coupe de champagne et de cinq petits fours salés.
Les tarifs varient selon la formule retenue. La conférence publique est annoncée au tarif normal de 14 €, tandis que l’entrée simple pour la conférence-spectacle est proposée à 26 €. Les prestations destinées aux groupes font l’objet d’une réservation et d’un devis correspondant au nombre de participants et aux services choisis. Une offre patrimoniale permet par ailleurs de visiter gratuitement le lieu de manière illimitée pendant un an, sous réserve de certaines restrictions destinées à éviter les abus.
Pourquoi cette adresse mérite-t-elle une attention particulière ?
Aux Belles Poules occupe une place particulière dans le patrimoine parisien parce qu’il réunit plusieurs niveaux de lecture. Le visiteur y découvre d’abord un décor rare, composé de matériaux et d’images qui ont traversé le XXe siècle. Il rencontre ensuite l’histoire d’un établissement ayant fonctionné pendant plusieurs décennies, avec ses règles, sa clientèle et ses employées. Enfin, il est invité à réfléchir à la manière dont une société a représenté le désir tout en invisibilisant souvent les personnes concernées.
Cette combinaison explique l’intérêt d’une visite guidée ou d’une conférence. Sans explications, les fresques pourraient être perçues comme une curiosité décorative. Remises dans leur contexte, elles deviennent les traces d’une époque et d’un système social aujourd’hui disparu. Le lieu permet ainsi d’aborder l’histoire de la prostitution parisienne avec davantage de distance, sans effacer les enjeux humains derrière le charme supposé des Années folles.
Visiter Aux Belles Poules, c’est donc découvrir un monument discret mais exceptionnel, dont les décors ont survécu aux changements de fonction et aux transformations de Paris. La réservation est particulièrement adaptée aux personnes intéressées par l’architecture, l’histoire urbaine, les arts décoratifs ou la mémoire sociale. Qu’elle soit suivie en individuel ou organisée en groupe, la conférence donne au site une profondeur indispensable et fait de cette ancienne maison close un véritable lieu de transmission.
